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29.09.2005
Chapitre 4
Emmitouflee dans son grand chale, la clim a fond parce qu’elle en a assez de la chaleur, d’ailleurs elle n’a jamais aime la chaleur, Marie croise ses jambes en tailleur sur le matelas transforme en « Opium Bed » en attendant d’aller chercher celui dont elle reve chez l’antiquaire portugais a Macau. Le dos bien cale contre des gros coussins, son paquet de malboro light pres d’elle, le bruleur d’encens laissant échapper une composition de son cru, Cocteau Twins en fond musical….. Marie prend son clavier sur ses genoux et reprend la ou elle en etait restee la veille…..
« Margault entretenait depuis quelques temps des echanges brefs mais sympathiques par l’intermediaire de son site perso. Ce type d’echange lui plaisait car elle pouvait laisser transparaitre ce qui lui convenait, repondre quand elle en avait envie, observer les echanges des uns et des autres sans forcement avoir envie d’intervenir, le tout cachee derriere son ecran, ce qui la rassurait considerablement. Ce soir la, elle ne sait pourquoi mais certains echanges l’ont replongee dans un passe non encore lointain ou elle partageait la vie de Paul. Paul etait un peu plus age qu’elle, tres artiste et cultive, passionne de lecture, agrege d’histoire et ancien marchand d’art a travers le monde. C’est d’ailleurs de cette partie de lui qu’elle est vraiment tombee amoureuse. Paul avait ete marie et avait deux fils. L’aine, Max venait d’avoir 15 ans. Bel ado dans la fleur de l’age et a fleur de peau avec mais le fait qu’il ignore la plupart du temps Margault l’arrangeait plutot. Arthur venait d’avoir 8 ans quand elle fit sa connaissance. Arthur est autiste ET hyperactif et c’est malheureux pour tout le monde. Malheureux pour lui car enferme dans cette prison sans barreau, malheureux pour Paul qui de ce jour a change de vie, non, plutot a arrete de vivre et malheureux pour leur histoire qui n’a jamais decollee. Une semaine sur deux Arthur partageait leur quotidien, souvenir plus penible que doux. Combien de nuits passees a le regarder tourner sur son camion autour du canape pendant des heures et des heures. Il n’avait jamais sommeil. Combien de nuits passees aux urgences car, enferme dans son silence, incapable d’exprimer sa douleur physique, le simple rhum ou la petite chute prenaient des proportions considerables. Margault se souvient de sa rupture, sur le vif, tranchee et tranchante. Assis tous les deux sur le canape en face de la petite cheminee eclairee par quelques buches, elle lui dit que ca ne va pas. Elle lui demande comment il envisage leur avenir. Il a 44 ans et deux enfants, elle 38 et pas d’enfants. Il lui dit que meme si sa vie est fichue il est heureux avec elle et veut continuer comme ca. Elle ne veut plus. Elle voudrait un enfant et la reponse de Paul est crue…. Je ne sais plus faire que des enfants pourris alors je n’en aurai plus jamais. Ils ont pleure ensemble. Ils se sont embrasses. Elle a pris ses affaires et est partie. Elle a culpabilise, pendant longtemps avec la sensation de les avoir abandonnes mais elle a revu Paul, deux fois, dont une avec ses enfants. C’etait un an apres leur separation. Arthur en descendant de la voiture a tout de suite reconnu la maison, le chien, la vigne. Il a vu Margault, a mis un doigt dans sa bouche et l'a tordue en cet immense sourire qui lui ferme l’œil, s’est approche doucement et a tendu les bras pour se coller contre elle un long moment. Il ne lui en voulait pas. Elle le sentait. «
Laissant tomber son doigt de la main droite tres haut sur la touche du clavier qui ponctuerait le dernier mot, Marie, qui adore ce genre de rituel, pose son clavier, soupire profondement, sourit, se frotte les yeux, allume une cigarette, eteint la lumiere, allume les bougies et savoure ce moment de calme. Elle s’est allongee a meme le parquet blond a longues lattes qui parcourt son salon. Elle aime la nudite de la piece et les ombres des yuccas geants qui se balancent derriere la baie vitree. A son age elle devrait avoir un interieur cosy avec des tapis, tableaux, bibelots et des meubles avec des etageres pour ranger ses livres et ses CD. mais elle n’arrive pas a s’installer. Elle aime cet espace presque vide, juste son lit de repos avec son tissu vert olive qui se marrie avec les coussins couleur anis, une chaise longue thailandaise, des rideaux et stores couleur ficelle et creme et un ventilateur au plafond. Finalement c'est pas si mal d'etre differente pense-t-elle.
Sortant un autre paquet de cigarettes de son sac (elle veut arreter, bientot), elle attrape en meme temps la carte de son visiteur du soir. Elle la tourne et la retourne, la sent... elle rit. Elle l'agite comme un eventail et samuse a faire du bruit en la frottant contre son nez. Si je l'appellais...
19:40 Publié dans Une histoire | Lien permanent | Envoyer cette note


